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Mar
25

La dimension économique de la prise de poids et des stratégies de prévention

Pierre Combris, directeur de recherche à l'INRA ALISS

Plusieurs études conduites aux Etats-Unis, mettent en avant l'impact des facteurs économiques sur les comportements individuels pour expliquer le développement de l'obésité. Le progrès technique fait constamment baisser le prix des calories et rend de plus en plus coûteuse la dépense d'énergie physique. Des aliments prêts à consommer et relativement bon marché sont désormais disponibles quasiment à toute heure et en tous lieux. Parallèlement, la régression du travail manuel et le développement d'environnements suburbains impliquant des déplacements uniquement mécanisés favorisent une baisse de l'activité physique. Les déterminants économiques se révèlent si forts qu'il apparaît préférable de les utiliser pour réorienter les comportements en changeant durablement les incitations auxquelles sont soumis les individus, plutôt que de chercher à s'y opposer par des injonctions de toutes sortes.

 

Les interventions publiques visent en premier lieu à garantir les conditions du choix éclairé du consommateur par des campagnes publiques d'information nutritionnelle, et la règlementation de l'étiquetage des produits et des allégations. Le développement de l'information nutritionnelle a un impact indiscutable sur les comportements, mais la reconnaissance du poids des contraintes économiques pousse à aller au-delà, en essayant d'agir directement sur les choix par le biais des prix. La taxation et la subvention sont les outils classiques pour traiter ce problème. Le bilan prévisible de la taxation nutritionnelle est toutefois plutôt négatif : les effets sur la santé seraient au mieux faibles et les conséquences en termes d'équité inacceptables. Des actions économiques ciblées en faveur des populations sensibles seraient très probablement une meilleure solution.

Les économistes proposent de se tourner vers l'utilisation de mécanismes incitatifs comportementaux, maintenant mieux compris, pour infléchir les comportements. L'idée consiste à agir sur la façon dont les choix sont présentés (l'architecture des choix) pour favoriser les comportements favorables à la santé. Ces outils de facilitation économique reposent sur l'idée de prévention passive. Les efforts ne sont pas demandés aux consommateurs, mais aux producteurs, aux distributeurs et aux restaurateurs, qui doivent créer des conditions favorables à la sélection des produits sains et à la modération des quantités consommées. Il s'agit dans une large mesure de réorienter les outils du marketing et du merchandising pour atteindre des objectifs nutritionnels.


On peut pour cela agir sur l'offre et sur la disposition des produits dans les supermarchés, dans les cafétérias et dans les distributeurs automatiques. La présentation des produits et l'agencement des rayons dans les points de vente et dans les cafétérias peuvent tenir compte de l'impulsivité des clients pour éviter la sélection automatique des produits trop tentants. Dans les menus des restaurants ou des cantines, l'option la plus saine peut être proposée par défaut pour tirer parti du biais de statu quo. Une action sur la forme et la taille des emballages peut favoriser le choix de quantités plus faibles. Enfin, des dispositifs d'engagement peuvent permettre un meilleur contrôle de l'impulsivité dans les choix (des bons d'achats spécifiques pour les fruits et légumes, des cartes de cantine prépayées et des paiements à part pour les options à limiter).