Rythmes, rites alimentaires et métabolisme
Martine Laville, Professeur de nutrition Université Lyon 1, Service d'Endocrinologie et Nutrition, Hospices Civils de Lyon , Laboratoire Carmen ( U 1060), Centre de Recherche en Nutrition Humaine Rhône-Alpes et Centre Européen de Nutrition pour la santé, Fondation Française pour l'alimentation et la santé.
La recherche sur les relations alimentation santé a beaucoup progressé ces dernières années avec des connaissances allant des mécanismes de régulation moléculaire à des études épidémiologiques dans de grandes cohortes en passant par la connaissance du microbiote intestinal. Cependant dans la gestion de ces données complexes, il ne faut pas oublier qu'il existe également une complexité inhérente à l'alimentation elle-même. En effet même en se limitant aux 1300 aliments génériques, les analyses devront prendre en compte au moins 42 constituants pour chaque aliment le tout combiné au sein de recettes innombrables. L'alimentation est déterminée par des facteurs multiples : habitudes culturelles, religieuses, les gouts, l'éducation, les moyens financiers... conditionnant les rythmes et rites alimentaires Cependant sa description dans les études sur les relations alimentation santé est souvent réduite à une énumération de calories et de ratio de nutriments et la plupart des études et des recherches de marqueurs sont conduites sur des individus à jeun.
L'étude de l'alimentation dans toute sa complexité est donc nécessaire et une attention toute particulière doit être prêtée à la phase post prandiale. La physiologie nous permet de passer de l'état de jeun à l'état nourri tout en maintenant une homéostasie grâce à d'importantes adaptations métaboliques que l'on résume dans la flexibilité métabolique. Cette flexibilité est altérée dans l'obésité et le diabète. Dans ces conditions de perte de flexibilité, on peut être tenté par réduire la nécessité de ces adaptations métaboliques en optant pour des rythmes alimentaires (snacking) ou des types d'aliments (indes glycémique bas, protéines lentes, lipides lents) évitant d'importantes variations métaboliques et mettant l'organisme dans un état intermédiaire ni trop nourri, ni trop à jeun. C'est une tendance que l'on peut retrouver dans les évolutions des comportements alimentaires ou dans les innovations de l'industrie agro-alimentaire. Cependant si un certain nombre d'avantages théoriques peuvent être trouvés dans cet évolution (moindre stress oxydant notamment), les conséquences à moyen et long terme de cette évolution sont à étudier de façon approfondie ; par exemple si un moindre pic d'insuline post prandiale peut être intéressant sur le plan cardio vasculaire, une sécrétion plus faible mais prolongée sera source d'inhibition de la lipolyse et donc de probable augmentation de la masse grasse.




